Explorer les vestiges monumentaux de l’Empire romain en Italie

L’Italie constitue un véritable musée à ciel ouvert où chaque pierre raconte l’histoire d’une civilisation qui a façonné le monde occidental pendant près de mille ans. De Rome à Pompéi, en passant par les cités du Nord et les joyaux siciliens, les vestiges romains offrent un témoignage exceptionnel de l’ingénierie, de l’architecture et de l’organisation sociale antiques. Ces monuments, dont certains défient encore les capacités constructives modernes, attirent chaque année des millions de visiteurs fascinés par la grandeur passée de l’Empire. Qu’il s’agisse des amphithéâtres monumentaux, des thermes sophistiqués ou des forums politiques, chaque site révèle une facette différente de la vie romaine et de ses innovations techniques remarquables.

Le colisée de rome : architecture flavienne et ingénierie des amphithéâtres

Le Colisée représente sans conteste le symbole le plus emblématique de la puissance architecturale romaine. Inauguré en 80 après J.-C. sous l’empereur Titus, cet amphithéâtre Flavien pouvait accueillir jusqu’à 50 000 spectateurs venus assister aux combats de gladiateurs, aux chasses d’animaux exotiques et aux reconstitutions de batailles navales. Sa construction nécessita près de dix ans de travaux intensifs et mobilisa des milliers d’ouvriers spécialisés. L’édifice s’élève sur quatre niveaux distincts, chacun arborant un ordre architectural différent : dorique au premier niveau, ionique au deuxième, corinthien au troisième, et des pilastres corinthiens au quatrième niveau sommital.

Système de voûtes en berceau et structure elliptique du colosseum

L’ingénierie structurelle du Colisée repose sur un réseau complexe de voûtes en berceau et d’arcs qui distribuent efficacement les charges colossales de l’édifice. La forme elliptique de l’amphithéâtre, mesurant 189 mètres de long sur 156 mètres de large, fut calculée avec une précision remarquable pour optimiser la visibilité depuis chaque gradins. Les architectes romains utilisèrent principalement du travertin pour la structure portante externe, extrait des carrières de Tivoli, tandis que le tuf volcanique et la brique constituaient le cœur de la construction. Cette combinaison de matériaux permettait de réduire le poids global tout en maintenant une résistance exceptionnelle aux contraintes mécaniques et sismiques.

Hypogée et mécanismes de levage des gladiateurs et fauves

Sous l’arène du Colisée s’étend un dédale souterrain fascinant appelé hypogée, véritable centre névralgique des spectacles. Ce réseau complexe de couloirs et de cellules abritait les gladiateurs, les condamnés et les animaux sauvages avant leur entrée dans l’arène. Les ingénieurs romains avaient conçu un système ingénieux de monte-charges et de trappes permettant de faire surgir brusquement hommes et bêtes au centre de l’action, créant ainsi des effets spectaculaires qui stupéfiaient les spectateurs. Ces mécanismes fonctionnaient grâce à un système de poulies, de contrepoids et de câbles manipulés par des esclaves positionnés dans les sous-sols. Certaines reconstitutions modernes ont permis de comprendre la sophistication de ces installations hydrauliques et mécaniques qui témoignent d’une maîtrise technologique avancée.

Velarium : le système de toile rétractable antique

Au-dessus de cette machinerie discrète, un dispositif tout aussi spectaculaire protégeait les spectateurs des rayons brûlants du soleil : le velarium. Il s’agissait d’une immense toile tendue au-dessus des gradins, soutenue par un système complexe de mâts, de poulies et de cordages ancrés sur la partie sommitale de l’amphithéâtre. Manipulé par des équipes spécialisées de marins de la flotte impériale, ce toit textile partiellement rétractable permettait de créer de l’ombre sur près d’un tiers de l’arène, tout en laissant s’échapper la fumée et les sons. Des calculs récents ont montré que la tension des cordages et la répartition des forces sur l’anneau supérieur exigeaient une précision comparable à celle des grands ponts suspendus modernes, preuve supplémentaire du degré exceptionnel de l’ingénierie romaine.

Conservation des travertins et restaurations modernes depuis 1990

Après des siècles de séismes, de pillages de pierres et de pollution urbaine, la conservation du Colisée constitue aujourd’hui un défi majeur pour les archéologues et restaurateurs. Depuis les grandes campagnes de restauration engagées dans les années 1990, les blocs de travertin ont fait l’objet de nettoyages minutieux, de consolidations internes et, lorsque nécessaire, de remplacements ciblés par des éléments compatibles provenant des mêmes carrières historiques. Les interventions modernes privilégient des mortiers réversibles et des techniques non invasives, afin de respecter au maximum la matière antique.

Les travaux récents ont également porté sur la stabilisation de l’hypogée et la mise en valeur des circulations originelles, permettant au visiteur de mieux comprendre le fonctionnement global de l’amphithéâtre. Des études structurelles, réalisées à l’aide de modélisations numériques, évaluent en continu la résistance de l’édifice face aux vibrations dues au trafic ou aux phénomènes sismiques. Lorsque vous visitez le Colisée aujourd’hui, vous contemplez donc un monument à la fois antique et en constante « ré-interprétation » technique, où chaque pierre raconte non seulement l’Empire romain, mais aussi plus de 200 ans de restauration archéologique moderne.

Le panthéon d’agrippa : prouesse architecturale du béton romain

À quelques rues seulement du tumulte du Forum, le Panthéon offre un autre visage spectaculaire de l’architecture romaine, fondé cette fois sur la maîtrise du béton romain. Dédié à l’origine à « tous les dieux », cet édifice fut reconstruit sous Hadrien au IIe siècle de notre ère sur les fondations du temple commandité par Agrippa. Au-delà de sa façade classique à colonnade, c’est surtout son immense salle circulaire coiffée d’une coupole parfaite qui fascine architectes et ingénieurs du monde entier. Malgré ses 2 000 ans d’existence, la structure n’a jamais cessé d’être utilisée, ce qui explique son état de conservation exceptionnel.

Coupole en opus caementicium et oculus central de 9 mètres

La grande innovation du Panthéon réside dans sa coupole réalisée en opus caementicium, le célèbre béton romain. Avec près de 43 mètres de diamètre pour une hauteur identique, elle forme une véritable sphère imaginaire dans laquelle nous entrons, comme si nous pénétrions à l’intérieur d’un globe de pierre. Au sommet, un oculus de 9 mètres de diamètre laisse entrer un faisceau de lumière naturelle qui se déplace lentement au fil de la journée, jouant le rôle à la fois de source d’éclairage et de symbole cosmique. Cet « œil » ouvert sur le ciel allège aussi la structure, en supprimant la partie la plus lourde de la voûte.

Comment une telle masse tient-elle encore debout sans armature métallique apparente ? La clé réside dans la variation progressive de l’épaisseur de la coupole, qui passe de plus de 6 mètres à la base à seulement environ 1,5 mètre près de l’oculus, ainsi que dans un savant allègement des matériaux utilisés. Les caissons à caissons (caissons à caissons) qui rythment l’intrados ne sont pas seulement décoratifs : ils permettent de réduire la quantité de béton tout en conservant la résistance de la voûte. C’est un peu comme si l’on creusait des alvéoles dans une carapace, pour la rendre plus légère sans compromettre sa solidité.

Agregats volcaniques de pouzzolane dans la construction hadrienne

Pour obtenir un béton à la fois résistant et relativement léger, les Romains ont eu recours à des agrégats volcaniques issus de la région de Pouzzoles, près de Naples : la pouzzolane. Cette cendre volcanique, mélangée à la chaux et à des fragments de pierre ou de brique, confère au béton romain des propriétés hydrauliques remarquables, capables de durcir même en présence d’eau. Dans le cas du Panthéon, la pouzzolane a été utilisée en proportion croissante à mesure que l’on montait vers le sommet de la coupole, en combinaison avec des matériaux plus légers comme la pierre ponce.

On peut comparer cette technique à celle des ingénieurs contemporains qui varient les alliages ou les armatures en fonction des contraintes subies par chaque partie d’un pont ou d’un gratte-ciel. En ajustant précisément la densité et la composition des couches successives de béton, les constructeurs hadriens ont conçu une voûte à la fois stable et étonnamment durable. Les recherches récentes en matériaux se penchent d’ailleurs sur la composition exacte de ce béton antique pour en comprendre les secrets de longévité, certains ponts et ports romains en mer résistant encore mieux que des ouvrages coulés au XXe siècle.

Portique corinthien et colonnes monolithiques de granit égyptien

Avant même d’entrer sous la coupole, le Panthéon impressionne par son portique corinthien à huit colonnes monumentales en façade et huit autres en second rang. Ces colonnes, hautes de plus de 11 mètres, sont taillées dans un granit monolithique importé d’Égypte, témoignant de l’ampleur du réseau commercial de l’Empire romain au IIe siècle. Chacune d’elles fut extraite, dégrossie, transportée par voie fluviale puis maritime, avant d’être dressée avec une précision millimétrique sur le sol de Rome.

Le contraste entre la rigueur rectiligne de ce portique et la perfection sphérique de l’espace intérieur crée un effet scénographique très étudié. On passe d’une architecture temple classique, presque familière, à un volume intérieur qui surprend par son unité et son équilibre. Pour le visiteur contemporain, c’est une transition comparable à l’entrée dans une grande salle de concert moderne où tout semble pensé pour la lumière, l’acoustique et la perception visuelle, sauf qu’ici, le « projet » date de près de deux millénaires.

Transformation en église santa maria ad martyres

La conversion du Panthéon en église chrétienne, sous le nom de Santa Maria ad Martyres au VIIe siècle, a été déterminante pour sa préservation. Là où tant d’autres temples païens furent démantelés pour servir de carrières de pierres, le Panthéon, lui, a continué d’être entretenu et restauré, intégré au tissu liturgique de la ville. Des autels, des chapelles latérales et des décorations chrétiennes vinrent se superposer au décor originel, sans en effacer la structure fondamentale.

Aujourd’hui encore, des offices s’y déroulent et plusieurs personnalités historiques, comme le peintre Raphaël, y reposent. Lors de votre visite, gardez à l’esprit que cet édifice n’est pas qu’un monument antique : c’est aussi une église vivante, ce qui implique une tenue correcte et un comportement respectueux. Cette double identité – temple romain et basilique chrétienne – en fait un lieu unique pour appréhender la continuité entre Antiquité et Moyen Âge, et mesurer la capacité de Rome à réinventer ses propres monuments.

Forums impériaux et complexes archéologiques du centre historique

En sortant du Panthéon pour rejoindre le cœur antique de la ville, on pénètre dans un vaste ensemble de forums impériaux qui raconte plus de mille ans de vie politique, religieuse et commerciale. Bien plus qu’une simple succession de ruines, ces espaces forment une véritable stratification urbaine où chaque empereur a voulu laisser sa marque. Pour le voyageur curieux, parcourir ces forums revient un peu à feuilleter un livre d’histoire à ciel ouvert, où les arcs de triomphe, les basiliques et les temples sont les chapitres d’une même narration impériale.

Forum romain : basilique de maxence et arc de septime sévère

Le Forum Romain, niché entre le Capitole et le Palatin, fut le centre névralgique de la Rome républicaine puis impériale. Parmi les vestiges les plus imposants se dresse la Basilique de Maxence et Constantin, dont les énormes voûtes en berceau témoignent de l’apogée de l’architecture monumentale au IVe siècle. Ce bâtiment, à vocation judiciaire et administrative, impressionnait par sa nef centrale flanquée de collatéraux, préfigurant en partie la typologie des grandes basiliques chrétiennes. Les fragments de voûtains effondrés permettent encore de saisir l’échelle démesurée de l’édifice.

À l’extrémité nord-ouest du Forum, l’Arc de Septime Sévère, érigé en 203 après J.-C., commémore les campagnes victorieuses de l’empereur en Orient. Ses trois baies monumentales décorées de bas-reliefs racontent en images les épisodes de ces guerres, servant autant de propagande que de monument commémoratif. Lorsque vous longez la Via Sacra, imaginez les cortèges triomphaux, les sénateurs, les soldats et les citoyens traversant cet espace saturé de symboles de pouvoir : c’est ici que se jouait une partie essentielle de la mise en scène politique de Rome.

Forums de trajan et colonne historiée de 40 mètres

Parmi les forums impériaux, le Forum de Trajan occupe une place à part, tant par ses dimensions que par la richesse de son programme architectural. Construit au début du IIe siècle avec l’aide de l’architecte Apollodore de Damas, il comprenait une vaste place pavée, encadrée de portiques, dominée par la Basilique Ulpia, des bibliothèques et, surtout, la célèbre Colonne de Trajan. Haute d’environ 40 mètres, cette colonne historiée déroule en spirale plus de 200 mètres de frise sculptée racontant en détail les campagnes daciques de l’empereur.

Pour comprendre la fonction de cette colonne, imaginez-la comme une « bande dessinée » monumentale destinée à un public romain largement familier des exploits militaires de Trajan mais pas forcément capable de les lire dans des textes. Les scènes, détaillées avec une précision quasi ethnographique, montrent les constructions de camps, les traversées de rivières, les conseils de guerre et les batailles. À l’origine, une statue de Trajan couronnait l’ensemble, remplacée à la Renaissance par celle de saint Pierre, symbolisant encore une fois la réinterprétation chrétienne des symboles impériaux.

Marchés de trajan : architecture commerciale en hémicycle

Adossés à la colline du Quirinal, les Marchés de Trajan complètent ce vaste complexe en apportant une dimension commerciale et administrative. Souvent considérés comme l’un des premiers « centres commerciaux » couverts de l’histoire, ils s’articulent autour d’un plan en hémicycle, avec plusieurs niveaux de boutiques et de bureaux, reliés par des escaliers et des couloirs voûtés. L’utilisation extensive de la brique et du béton permettait d’ériger rapidement des structures robustes, modulables et adaptées aux besoins économiques de la capitale.

En visitant les Marchés de Trajan, vous aurez l’occasion de marcher sur les pavés originaux et d’observer de près les techniques de maçonnerie romaine. Ce lieu illustre à quel point les Romains maîtrisaient déjà des concepts qui nous paraissent très contemporains : rationalisation des flux, spécialisation des espaces, superposition de niveaux fonctionnels. Pour les passionnés d’urbanisme et d’architecture commerciale, c’est un laboratoire grandeur nature de la ville antique.

Thermes monumentaux et ingénierie hydraulique romaine

S’il est un domaine où l’Empire romain a véritablement excellé, c’est bien celui de l’ingénierie hydraulique. Les grands complexes thermaux de Rome n’étaient pas de simples bains publics : ils combinaient fonctions hygiéniques, sociales, sportives et mêmes culturelles. Pour alimenter ces monstrueuses machines à eau chaude, les Romains avaient mis en place un réseau d’aqueducs, de réservoirs et de canalisations d’une complexité remarquable. Explorer les thermes, c’est donc aussi comprendre comment une métropole de plusieurs centaines de milliers d’habitants parvenait à gérer son approvisionnement en eau.

Thermes de caracalla : caldarium et système d’hypocauste

Les Thermes de Caracalla, inaugurés au début du IIIe siècle, comptent parmi les mieux conservés et les plus impressionnants. Capables d’accueillir simultanément plus de 1 500 baigneurs, ils offraient une succession d’espaces chauffés ou rafraîchis : frigidarium (salle froide), tepidarium (salle tiède) et caldarium (salle chaude) dominant l’ensemble avec ses grandes baies vitrées. Au sol, un système de hypocauste — un réseau de petits piliers en brique supportant un plancher suspendu — permettait de faire circuler l’air chaud provenant des fours (praefurnia) sous les salles et à l’intérieur des murs.

On peut comparer ce dispositif à un chauffage par le sol moderne, alimenté non pas par une chaudière à gaz mais par d’énormes foyers alimentés au bois. La maîtrise des températures, de l’aération et de l’humidité dans ces vastes volumes témoignait d’un savoir-faire empirique très avancé. En vous promenant aujourd’hui au milieu des ruines, essayez d’imaginer les mosaïques colorées, les marbres polychromes, les statues et le brouillard de vapeur qui enveloppaient les usagers : les thermes étaient aussi des lieux de représentation sociale, où l’architecture contribuait à magnifier le corps et le confort des citoyens romains.

Thermes de dioclétien et basilique santa maria degli angeli de Michel-Ange

Encore plus vastes que ceux de Caracalla, les Thermes de Dioclétien, construits à la fin du IIIe siècle, couvraient à l’origine plus de 13 hectares. Leur histoire est particulièrement intéressante, car une partie de leurs gigantesques salles a été transformée à la Renaissance en église par Michel-Ange lui-même. La basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri réemploie ainsi les volumes monumentaux du frigidarium, dont les colossales voûtes ont été conservées et adaptées au culte chrétien.

Cette superposition d’usages illustre une fois de plus la capacité de Rome à recycler ses monuments antiques. Le complexe abrite également une section du Musée national romain, où sont exposés des sarcophages, des inscriptions et des sculptures découvertes sur place. Pour les amateurs d’architecture, c’est un lieu fascinant : vous y verrez comment Michel-Ange a dialogué avec l’ingénierie romaine, respectant la structure antique tout en y inscrivant le langage de la Renaissance.

Aqueducs alimentaires et réseau hydraulique urbain

Derrière le fonctionnement quotidien de ces thermes monumentaux se cachait un système d’aqueducs parmi les plus impressionnants du monde antique. Rome fut alimentée à son apogée par au moins onze grands aqueducs, dont certains comme l’Aqua Claudia ou l’Anio Novus parcouraient des dizaines de kilomètres depuis les montagnes voisines. Grâce à une pente très légère mais constante, l’eau parvenait par simple gravité jusqu’aux citernes de la ville, d’où elle était redistribuée vers les fontaines, les thermes et les maisons les plus aisées.

Vous pouvez encore aujourd’hui admirer des tronçons d’aqueducs en périphérie de Rome, notamment le long de la Via Appia Antica. Ces arches répétées à l’infini rappellent que l’Empire reposait aussi sur une infrastructure ordinaire mais vitale : sans eau courante, pas de thermes, pas de fontaines, pas de vie urbaine dense. Pour qui s’intéresse à l’histoire des réseaux et des « services publics », l’héritage romain constitue un modèle de référence, souvent cité par les ingénieurs contemporains en gestion de l’eau.

Vestiges romains en italie du sud : pompéi et herculanum

Quittons maintenant la capitale pour descendre vers la baie de Naples, là où le Vésuve a figé à jamais deux cités romaines florissantes : Pompéi et Herculanum. Contrairement aux grands monuments isolés de Rome, ces sites offrent une vision globale de la vie quotidienne dans une ville de province au Ier siècle. Rues pavées, tavernes, boulangeries, thermes de quartier et somptueuses villas : tout y est, comme si le temps s’était arrêté le jour de l’éruption de 79 après J.-C.

Site archéologique de pompéi : domus patriciennes et fresques du IIe style

À Pompéi, l’ampleur du site archéologique permet de parcourir des quartiers entiers et de pénétrer dans les domus patriciennes – les maisons des élites locales – comme la Maison des Vettii ou la Maison du Faune. Ces résidences s’organisent autour d’atriums et de péristyles ornés de bassins, de statues et de jardins. Les murs y conservent des fresques exceptionnelles, notamment du IIe style pompéien, caractérisé par des architectures peintes en trompe-l’œil, des colonnes imaginaires et des paysages qui donnent l’illusion d’ouvrir l’espace domestique sur un monde mythologique ou idyllique.

Pour les historiens de l’art, ces décors muraux représentent une source inestimable sur le goût, les croyances et les références culturelles des Romains. Pour le visiteur, ils offrent une immersion rare dans l’intimité des habitants : ici, une scène de banquet ; là, un Dionysos triomphant ; plus loin, une nature morte détaillant avec réalisme des mets et des objets du quotidien. En arpentant les rues de Pompéi, vous passez ainsi du forum aux thermes, du lupanar à l’amphithéâtre, comme un citoyen du Ier siècle qui irait de ses affaires aux spectacles.

Herculanum : conservation des structures en bois et papyrus carbonisés

Souvent éclipsée par la renommée de Pompéi, Herculanum mérite pourtant une visite tout aussi attentive, voire plus, si vous vous intéressez aux détails architecturaux. Recouverte non pas de cendres mais de coulées pyroclastiques plus denses, la ville a connu des conditions de fossilisation différentes, permettant la conservation exceptionnelle de matériaux organiques : boiseries, charpentes, portes coulissantes, lits et même des denrées alimentaires. Se promener dans ses rues étroites, c’est littéralement entrer dans des maisons où les étages supérieurs sont encore visibles.

Les fouilles d’Herculanum ont également livré des papyrus carbonisés, particulièrement dans la célèbre Villa des Papyrus, qui ont ouvert une fenêtre unique sur la culture intellectuelle antique. Grâce aux techniques modernes d’imagerie et de déroulement virtuel, des chercheurs parviennent progressivement à déchiffrer ces rouleaux carbonisés, révélant des textes philosophiques jusqu’alors inconnus. Pour vous, visiteur, Herculanum offre une ambiance plus intime et moins fréquentée que Pompéi, idéale pour prendre le temps de se représenter la vie quotidienne dans une petite ville côtière romaine.

Villa des papyrus et mosaïques polychromes d’oplontis

La Villa des Papyrus, située en bordure d’Herculanum, est l’une des plus vastes et luxueuses résidences connues du monde romain. Elle doit son nom aux quelque 1 800 rouleaux de papyrus philosophiques retrouvés dans sa bibliothèque, mais se distingue aussi par la qualité de ses sculptures et de ses aménagements architecturaux. Certaines des statues découvertes ici sont aujourd’hui conservées au Musée archéologique national de Naples, étape incontournable pour compléter votre exploration des sites vésuviens.

Non loin de là, le site d’Oplontis (l’actuelle Torre Annunziata) abrite une autre villa somptueuse, parfois associée à Poppée, l’épouse de Néron. Ses mosaïques polychromes d’une finesse extraordinaire et ses peintures murales à fonds noirs ou rouges comptent parmi les plus belles de toute la région. Pour un itinéraire thématique autour de la Rome antique en Campanie, combiner Pompéi, Herculanum, Oplontis et le musée de Naples vous donnera une vision presque complète de la vie urbaine, rurale et aristocratique dans cette province clé de l’Empire.

Patrimoine romain en italie du nord : vérone et aoste

Si le sud de la péninsule concentre de nombreux témoignages de la vie quotidienne romaine, l’Italie du Nord n’est pas en reste avec des monuments militaires, civils et de spectacle remarquablement conservés. De Vérone à Aoste en passant par Brescia, les vestiges romains se mêlent ici aux architectures médiévales et renaissantes, créant des paysages urbains d’une grande richesse. Vous y découvrirez un autre visage de l’Empire, celui des villes de garnison et des carrefours commerciaux préalpins.

Arènes de vérone : amphithéâtre en calcaire rose de valpolicella

Au cœur de Vérone se dressent les Arènes, un amphithéâtre du Ier siècle remarquablement bien conservé, construit en calcaire rose de Valpolicella. Plus petit que le Colisée mais tout aussi impressionnant, ce monument pouvait accueillir jusqu’à 30 000 spectateurs venus assister à des combats de gladiateurs, des chasses ou des spectacles publics. Sa forme elliptique, son système de gradins et de vomitoires illustre parfaitement l’application, à une échelle plus réduite, des mêmes principes d’ingénierie que ceux utilisés à Rome.

Aujourd’hui, les Arènes de Vérone sont reconverties en l’un des plus célèbres théâtres lyriques à ciel ouvert du monde. Assister à un opéra sous les étoiles, dans un amphithéâtre bimillénaire, est une expérience qui permet de ressentir physiquement la continuité entre spectacle antique et spectacle moderne. Si vous prévoyez un voyage en été, pensez à réserver longtemps à l’avance vos billets de spectacle pour profiter de ce cadre exceptionnel.

Arc d’auguste à aoste et enceinte militaire préalpine

Plus au nord, la ville d’Aoste, fondée comme colonie romaine sous le nom d’Augusta Praetoria, conserve un ensemble monumental particulièrement cohérent. L’Arc d’Auguste, érigé en 25 av. J.-C. pour célébrer la victoire sur les Salasses, marque symboliquement l’entrée de la ville. Sa structure à baie unique, ornée de moulures et de reliefs aujourd’hui très érodés, se détache sur le fond spectaculaire des Alpes, rappelant le rôle stratégique de cette vallée dans le contrôle des passages vers la Gaule.

Les vestiges de l’enceinte militaire, avec ses tours et ses portes (Porte Prétorienne, Porte Decumana), dessinent encore le plan rectangulaire de la colonie. À l’intérieur, on distingue les restes du théâtre et de l’amphithéâtre, ainsi que des tronçons de rues pavées. Pour le voyageur intéressé par l’urbanisme militaire romain en région de frontière, Aoste constitue un cas d’école, à la fois lisible sur le terrain et inscrit dans un paysage de montagne spectaculaire.

Théâtre romain de brescia et capitolium du ier siècle

Enfin, à Brescia (ancienne Brixia), en Lombardie, se trouve l’un des ensembles monumentaux romains les plus significatifs du nord de l’Italie. Le théâtre romain, adossé à la colline du Cidneo, révélait autrefois une cavea pouvant accueillir plusieurs milliers de spectateurs. À ses côtés s’élève le Capitolium, temple dédié à la triade capitoline (Jupiter, Junon et Minerve), reconstruit au Ier siècle sous l’empereur Vespasien.

Les fouilles entreprises depuis le XIXe siècle ont mis au jour le podium, les colonnes et une partie du décor sculpté de ce temple, aujourd’hui intégré au parc archéologique et au Musée de Santa Giulia. Ce site illustre la manière dont les modèles religieux et architecturaux de Rome étaient reproduits, avec des variantes locales, dans les villes de province. En visitant Brescia, Vous pourrez ainsi compléter votre tour d’horizon des grandes expressions monumentales de l’Empire romain en Italie, du sud volcanique de la Campanie aux vallées alpines du nord.